Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le Costa Rica - Suite et fin

Le Costa Rica - Suite et fin

Le lendemain, j’étais prête très tôt pour mon départ vers ma nouvelle vie. Enfin sortie de ce problème. La ville de Tamarindo m’avait plu, surtout la vie qu’il y avait là. Ça va me faire bien différent d’ici.

Mon taxi arrive à l’heure prévue et il m’amène à ma délivrance, du moins c’est ce que je crois.

Nous arrivons aux condos. C’est bien! Le propriétaire m’accueille et vient me présenter ma chambre. D’un condo, j’étais réduite à une chambre. Ce n’était pas grave, la mer était à 300 mètres, je l’avais vue, je pourrai me faire bronzer, aller au resto. Enfin !!!

Une fois passée l’entrée principale, nous traversons un large corridor où à sa gauche, il y a une piscine, très petite piscine, on dirait plus un bain de pieds, c’est une piscine intérieure et à sa droite de grandes vitrines qui devaient être prévues pour des magasins mais d’où on ne voyait que d’immenses rideaux à l’intérieur comme pour cacher ce qu’il s’y passe.

Un peu plus loin, il y a aussi de grandes vitrines; les rideaux ont été ouverts et je vois très facilement la vie à l’intérieur. Ils sont deux, ils discutent.  L’homme est torse nu. Ils semblent demeurer dans cette cage de verre.

Nous nous arrêtons juste avant ces grandes vitrines, devant une porte toujours vitrée et l’homme prend une clé et l’ouvre. C’était ma chambre. Une grande chambre avec vue sur… le bain de pieds intérieur et pas d’autre issue et surtout avec vue sur les rideaux.

Du condo que j’imaginais avec balcon, me voici dans une chambre avec un lit, une table, un fauteuil et une salle de bain. Et des rideaux… verts… qui font toute la largeur de la chambre et une fois ouverts, donnent sur le monde, le monde qui nous voit en passant, qui nous regarde comme des animaux de cirque.

Je prends mon partie de la situation, dépose mon sac à ordinateur et mes sacs de nourriture que j’avais achetée et m’assoie sur le lit. Je regarde à nouveau dans le vide.

Ressaisie-toi ma Francine tu es près de la mer, je vais toujours bien en profiter mais avant, je vais appeler la compagnie aérienne pour les aviser de livrer mes valises ici et non plus à Playa Flamingo, elles doivent arriver le lendemain, jour de Noël. Ce sera un beau cadeau.

Bon… mes valises n’arriveront pas demain, « peut-être » samedi. Ils ne peuvent pas le dire car elles ont été placées sur un autre vol d’une autre compagnie et attendent de savoir quand ils pourront me les apporter. Non mais !!! Ça se peut pas !

Regardant la chambre, regardant ZE vue, me regardant dans tout mon désespoir, je leur ai dit de les retourner à Québec  car moi je ne resterai pas. Je veux prendre le prochain vol pour m’en revenir au Québec. À ce que je peux voir, ici au Costa Rica, en ce moment, rien ne fonctionne pour moi et je n’ai pas espoir que ça s’améliore.

Une fois cette décision prise, j’avise le propriétaire du « condo » que je repartirai le samedi matin et je pars à la découverte de cette belle petite ville.

Nous sommes un peu en retrait de la ville mais tout près, il y a une petite route pour se rendre à la plage et à droite, sur cette petite route, devant la mer,  un beau petit resto italien. Il n’y a pas grand monde mais ça semble très bien.

Je continue ma route pour aller à la mer. Je marche sur la plage, j’aimerais bien aller dans l’eau mais qui surveillera ma sortie de plage, ma clé, mon argent, mes sandales ? Un passant ? Je me résigne que la baignade dans la mer sera pour une autre fois, quand ? Je ne sais pas. Je rencontre une québécoise, elle me fait la conversation et m’invite à aller avec elle retrouver son mari et ses 2 enfants. Ils n’ont pas de place où rester et se cherchent un endroit rapidement pour la soirée pour ensuite repartir pour Samara. Je refuse son invitation. Même si elle est québécoise, je suis devenue méfiante, de toute façon, elle insistait vraiment trop.

Je me suis arrêtée au retour au petit resto italien. Là par exemple, j’ai rencontré des gens très sympathiques. Ils parlaient italien et anglais en plus de l’espagnol. Comme c’était tranquille, la propriétaire s’est assise avec moi. J’ai enfin mangé un vrai repas. Il était délicieux, je me serais sentie en Italie. Je les ai adoptés et ils m’ont adoptée aussi  sûrement parce que je faisais trop pitié à leurs yeux mais au moins, j’avais des gens avec qui parler.

J’ai déjeuné, dîné et soupé au petit resto italien et cela jusqu’à mon départ, je m’y sentais en sécurité. Ils plaçaient des gens avec moi pour que je ne sois pas seule. Un soir, un monsieur d’à peu près mon âge est arrivé et ils lui ont demandé de s’assoir avec moi. Me regardant, il a dit non et j’ai vu dans son visage tous les trop et les pas assez que je pouvais lui inspirer.

Je vous épargne les 2 jours qui ont précédé mon départ où je n’ai fait qu’errer dans la ville et sur la plage et où j’ai collé au resto, toujours les yeux dans l’eau prête à éclater.

Mais je dois vous raconter le matin du départ. Je suis allée déjeuner et faire mes adieux aux gens du resto. Ils ont placé leur petit garçon à ma table qui jouait avec des légos. Les tables de dehors étaient placées sur des galets donc assez chambranlantes.

Je commande un déjeuner copieux avec jus, œufs, café. Le petit est assis en face de moi. Comme je reçois mon festin qu’ils viennent juste de déposer, le petit pousse la table avec son pied comme pour pousser sa chaise. La table a basculé vers moi et j’ai reçu, sur mon seul pantalon à me mettre, tout mon déjeuner. Je me suis relevée en vitesse mais le mal était fait et je partais 2 heures plus tard.

J’habille du 12 ans et la propriétaire habille du 8 ans environ. Elle me fait enlever mon pantalon et me prête un des siens.  J’ai un manque à gagner d’au moins 4 pouces qui révèle les dessous d’une jeunesse de 65 ans. Ils mettent mon pantalon au soleil et me servent un autre déjeuner.

Une heure plus tard, je vais vérifier mon pantalon qui sèche bien sous le soleil ardent. Je le retourne et oh malheur, ils l’ont placé sur un banc dont la peinture est encore fraîche.

J’ai réussi à prendre mon autobus pour l’aéroport à temps avec un pantalon avec une barre blanche au derrière et une fois dans l’avion, j’étais assise à côté d’un couple qui se bécotait. Je vois qu’il y a des sièges de libres à ma droite et me dis qu’aussitôt partis, je vais me déplacer. Le petit couple n’a pas pris de chance et ils m’ont demandé de changer de place avant le départ.

Et c’est comme cela que se termine ce voyage que je considère comme initiatique. J’ai pleuré presqu’ à chaque minute mais une fois rendue à Québec, j’ai réalisé à quel point j’étais chanceuse d’avoir ce que j’ai, d’avoir la famille qui m’entoure, ma fille qui aura un petit bébé et depuis ce temps, je vis dans la gratitude. J’étais bien contente de retrouver notre hiver québécois moi qui voulais le fuir à tout prix mais le prix à payer là-bas était encore trop grand.

Le lendemain de mon arrivée, on m’a appelée pour me livrer mes valises et là j’ai su que le cauchemar était terminé.

Je ne dis pas que je ne retournerai pas un jour au Costa Rica, je ne peux pas croire que ce pays me sera encore aussi hostile qu’en ce mois de décembre 2014.

Merci de m’avoir lu.

 

Une aînée en liberté dont la liberté a été pas mal ébranlée.

 

Vous pouvez vous abonner au blogue à droite et aussi, le partager auprès de vos ami.e.s, bien sûr si le contenu vous intéresse. Merci à l'avance.

Voir les commentaires

Costa Rica – suite mais pas la fin

Costa Rica – suite mais pas la fin

En tout premier, je tiens à m’excuser auprès des personnes inscrites à mon infolettre, je vous ai inondées de messages et j’en suis bien désolée. Comme je revenais sur Over-blog après deux ans d’absence et qu’ils avaient modifié considérablement la plate-forme, lorsque je publiais, rien n’indiquait que c’était fait et dans mon empressement, j’ai publié, j’ai publié, j’ai publié et cela autant de fois que vous avez reçu mon courriel. Ça ne s’affichait jamais sur FB et je me disais que rien ne fonctionnait. Mais non…

Maintenant que mes excuses sont faites, nous pouvons continuer le récit.

À la fin du premier récit, vous avez bien compris que ce n’était pas de crème solaire que j’avais à acheter contre les moustiques mais bien du chasse-moustiques. J’ai aussi acheté de la crème solaire bien entendu au cas où à moment donné, je pourrais aller m’étendre au soleil et profiter de cette lumière ardente que le Costa Rica m’offrait.

Donc, après le petite virée aux alentours, accompagnée de l’homme qui parle français et qui a eu le gentillesse de me venir en aide, je suis résolue, je ne resterai pas dans cet endroit.

Revenue à la maison, la voisine vient à ma rencontre et m’informe que son ami est taxi et me donne son numéro de téléphone.

Je mange un peu et je me résigne à me coucher. Arrivée dans la chambre, elle est glaciale à cause du climatiseur qui tire son air directement sur  le lit et aussi à cause du ventilateur au plafond juste au-dessus du lit qui est à max comme le climatiseur d’ailleurs. Je cherche à éteindre sinon les 2, au moins réduire l’air climatisé et fermer le ventilateur. Je tire sur les chainettes du ventilateur, rien ne se passe, je cherche la manette du climatiseur, ne trouve rien.

Il y a bien une autre chambre mais là, elle est comme un four. Il me faut choisir, l’enfer ou la froidure. Comme je suis déjà dans l’enfer, je préfère la froidure. J’ouvre donc le petit drap blanc très mince qui fait office de couverture et je m’étends. J’ai l’impression d’être  couchée sur une planche tellement le lit est dur.

Quelques minutes plus tard, je suis frigorifiée, le petit drap ne coupe pas le froid. Je me relève pour chercher d’autres couvertures, fais le tour des chambres, rien.

Il ne me reste que mon manteau. Je l’enfile et prends bien soin de mettre mon capuchon, j’ai le nez et les oreilles gelées. Mon manteau est court, je me bats pour essayer de me mettre les pieds à l’intérieur, sans succès. Je finis par m’endormir, les yeux roulant toujours dans l’eau.

Le lendemain matin, à mon réveil, soudainement, je me rappelle où je suis. Ah mon Dieu, le découragement me reprend. Je me sens prisonnière, sans ressource, j’aimerais que ce soit un cauchemar et que je vais me réveiller mais non, je viens de le faire, me réveiller. Mes pensées vont vers Mandela, j’ai l’impression de ressentir son désarroi, son impuissance. Il lui en a fallu du courage pour se réveiller à chaque matin, prisonnier, dans une minuscule cellule et cela pendant près de 28 longues années. Mandela était un battant, il n’a peut-être jamais senti ce désarroi étant toujours certain de remporter la bataille et je me lève, toujours dans mon manteau et je suis de plus en plus décidée à partir de là.

Je déjeune, j’appelle la compagnie aérienne pour savoir à quel moment de la journée je recevrais mes valises. Quelles valises ? Ils n’ont pas mes valises, elles sont restées à Toronto. Je les recevrai jeudi et nous sommes mardi le 23 décembre. Ça ne s’arrange pas. La dame m’informe qu’ils m’allouent un budget de 250$ US pour que je puisse m’acheter des vêtements.

J’appelle le taxi pour qu’il m’amène dans les magasins. Un chauffeur de taxi doit certainement parler anglais, ce sera plus simple.

Il ne parle qu’espagnol.

Je lui baragouine Amiga, Playa Flamingo, mercado. Dire que dans mes cours d’espagnol, j’ai déjà fait une phrase disant que je voulais aller magasiner mais là plus rien. Avant mon départ, j’ai pris des cours d’espagnol pendant quatre mois, deux fois semaine et c’est le néant. J’étais pas des plus douées (je crois que je n’avais pas à vous le mentionner) mais je pouvais dire l’essentiel mais je réalise que quand l’essentiel arrive, l’essentiel ne sort pas.

Faut que je vous dise qu’avant d’appeler le taxi, j’ai skyper avec ma fille qui demeure en France et qui doit venir me rejoindre dans quelques jours. Avec le décalage horaire, je n’ai pas pu la skyper avant. Une autre surprise m’attendait.

Ma Justine s’était cassé le bras juste avant mon départ, ils avaient dû l’opérer et j’espérais que tout se déroulait bien pour qu’ils puissent venir me rejoindre comme prévu. J’avais huit jours à attendre, je finirais par m’y faire. De toute façon, les choses se replaceraient. Ça pouvait pas continuer, mes valises arriveraient, au pire je profiterai de la piscine en les attendant et je pourrais même me louer une voiture. L’espoir me reprenait. En fin de compte, je resterais peut-être. Après tout, j’avais déjà payé pour les 43 jours, j’avais comme intérêt à m’y faire et j’avais invité Justine et son mari à venir me rejoindre.

Après lui avoir pleuré tout ce que j’avais à pleurer, elle me dit : Maman, j’ai une grande nouvelle, je te l’annonce à toi avant tout le monde…, je suis enceinte.

Je continue de pleurer mais de joie, je vais être mamie, fais attention à toi ma chérie, je t’aime. Profitant du fait que je lui dise de faire attention à elle, elle m’annonce qu’il est dangereux de faire des vols d’avion en haute altitude lors des premières semaines de grossesse, qu’il est dangereux qu’elle perde le bébé. Après un silence et un malaise évident, elle m’annonce qu’elle ne veut plus venir au Costa Rica. Qu’elle regrette. L’espoir vient de me quitter à nouveau. En fin de compte, c’est quoi de l’espoir ?

Je suis tiraillée entre le bonheur de devenir mamie et ma situation ici. Qu’est-ce que je fais maintenant ? 43 jours toute seule, j’ai beau penser à la piscine, ce n’est plus suffisant et me promener en voiture, toute seule, dans un endroit perdu où la peur me coupe toute envie d’être là. Je fais quoi? Je vois mon argent s’envoler mais là je suis certaine que je ne resterai pas, plus question.

Je pense à mon amie Christine qui vit à Samara, je la skype à son tour. Peut-être qu’elle a une chambre qu’elle peut me louer puisque c’est ce qu’elle fait, recevoir des touristes. D’ailleurs j’aurais dû m’en aller là, chez elle mais j’ai voulu faire à ma tête, avoir un endroit avec ma fille et son mari. Un endroit près des plages, avec air climatisé et tout près d’une école d’espagnol parce que je ne vous ai pas dit que je m’étais aussi inscrite pour les 3 dernières semaines à des cours d’espagnol « tout près » de la maison.  Et que j’avais fait un dépôt.

Mon amie Christine m’écoute, je pleure encore bien entendu. Elle est bien désolée, c’est le temps des Fêtes et elle n’a plus de chambre à louer. Il y a peut-être son cousin mais sa maison est dans les montagnes, loin de la ville et de la plage, elle m’envoie des photos, elles sont belles mais être toute seule dans la forêt ou toute seule dans la montagne, c’est toute seule. Je resterai donc ici jusqu’à ce que je trouve une autre solution et j’avais beaucoup à perdre. Christine essaie de me faire comprendre à quel point le fait de rester me ferait grandir mais là, plus question, je suis assez grande comme je suis.

Le taxi arrive. Ouf! Une vieille voiture presqu’en décomposition, j’embarque, qu’aurais-je pu faire d’autre? Il m’amène dans un village voisin, dans un magasin ressemblant à un Dollarama. Je lui fais comprendre en langage gestuel que ce n’est pas ce que je veux. On repart et là nous allons à Tamarindo. Bel endroit de villégiature, grouillant de monde et sur la plage. Il me laisse à un petit centre d’achats, je lui indique de m’attendre. Il comprend.

Je me suis trouvée un maillot, un ensemble short et blouse, sortie de plage et une robe. À la caisse, je tente de me faire comprendre et une jeune cliente reconnait mon accent. Elle me dit : « vous êtes québécoise? » Wow ! enfin quelqu’un à qui je peux parler que je me dis. « Vous demeurez où? » Playa Flamingo. « Ah mon Dieu, vous êtes dans un endroit perdu! » Je le sais et je n’aime pas ça. « J’ai mon beau-père qui possède des condos tout près d’ici et sur la plage, voulez-vous avoir ses coordonnées? Je crois qu’il en a un à louer. » Certainement!

Mais qui dit condo, dit gros prix. En tout cas, je ne perds rien en l’appelant.

Nous retournons à la maison. Je mange encore des toasts, quelques fruits et m’assoie sur le divan. J’essaie de lire mais je suis incapable de me concentrer. Je vais marcher un peu dans le complexe, il n’y a toujours pas âme qui vive parce que j’ai fini par comprendre qu’ici, je suis dans la seule maison qui est louée aux touristes, les autres sont louées à l’année et les gens soit ils travaillent ou s’en vont fêter Noel dans leur famille. Un beau Noel joyeux qui s’annonce pour moi. Je m’étais imaginée aller à la plage, aller au resto, rencontrer des touristes… Et même peut-être rencontrer l’âme sœur…

J’appelle le propriétaire des condos qui est aussi québécois, il a un condo à louer, me demande si je veux visiter.  Le prix est le double de la maison mais rendue ou j’en suis, j’accepte. Il m’attend demain matin vers 10 h. Je réserve le taxi.

À 19 h, je vais me coucher. Je suis épuisée et je réussis à m’endormir dans ma glacière toujours dans mon manteau me disant que le lendemain, c’est une nouvelle vie costaricaine qui m’attend. Mon cœur est rempli d’espoir.

Je veux encore vous ménager. Je continue demain.

 

Voir les commentaires

La liberté et le Costa Rica

Le volcan que j'ai vu des airs seulement.

Le volcan que j'ai vu des airs seulement.

Bonjour vous toutes et tous (les quelques hommes qui pourraient me lire),

Il y a déjà plus de deux ans que je n'ai pas écrit sur mon blogue, je le gardais ouvert me disant qu'à moment donné j'y reviendrais. Bien c'est aujourd'hui.

Je vous ai quittés lorsque j'ai fait mon charmant voyage au Costa Rica. Il est temps que je vous raconte l'aventure mais avant je dois vous dire que pour parler de liberté, il faut se sentir libre et je dois vous avouer que les années 2015 et 2016 ont plus été des années de non liberté, elles ont été des années de deuil. J'ai vécu mes deuils. Je croyais, après le décès de maman en décembre 2012, la mort de Paul en janvier 2014, le départ de Justine pour vivre en France en 2013, et le travail qui était en diminution, je croyais qu'en décembre 2015, madame avait réussi un exploit, elle avait terminé ses deuils. Madame se la pétait bien haut. Et madame est redescendue bien bas.

Le voyage au Costa Rica m'a placée directement dans la mouvance de mes deuils. Je vous raconte.

Comme ça fait longtemps, je vous rappelle que j'étais partie pour 43 jours dont les 9 premiers ou j'étais seule pour ensuite recevoir ma fille et son mari qui venaient pour 2 semaines et retomber toute seule pour le reste du voyage. Je me sentais bien brave. Y'a des femmes qui voyagent seules, je suis bien capable aussi, que je me disais.

J'ai pleuré ma vie durant ce voyage.

Je le sentais avant mon départ. Mon amie Catherine est venue me reconduire à l'aéroport et elle devait me pousser pour que j'avance. Je partais passer l'hiver dans le Sud, au Costa Rica, qui est l'endroit de rêve pour des vacances, au dire de plusieurs en tout cas et moi, je ne voulais plus y aller. 

Une fois dans l'avion, j'étais placée côté hublot précédée par 2 hommes qui parlaient anglais. Ils se sont mis à parler ensemble. Je vous dis que lorsque je les ai dérangés pour un petit besoin urgent, c'est un fait que je les ai bien dérangés.

Tout le long du trajet, je me disais "Pourquoi tu t'en vas là-bas?" "T'aurais du rester chez toi." Je ne le sentais pas mais pas du tout et j'avais tellement raison.

Une fois rendus au Costa Rica, je vais à la courroie des valises, j'attends, j'attends, toutes les valises sont ramassées, plus rien sur la courroie, mon autocar m'attendait, le chauffeur s'impatientait et moi, je commençais à m'inquiéter. Je vais me renseigner, mes valises n'étaient pas du voyage. Me voilà ben amanchée comme on dit ici.

Un commis prend mes coordonnées, essaie de me rassurer me disant que j'aurais mes valises le lendemain. Je cours rattraper mon autocar et nous partons, les autres voyageurs avec leurs valises et moi avec mes pas de valise, juste mon sac avec mon ordinateur parce que j'avais apporté mon ordinateur qui remplaçait les vêtements qu'on apporte au cas ou nos valises n'arriveraient pas. J'avais dans mon sac, une paire de sandales, une blouse d'été et des petites culottes, c'est tout. Je portais des pantalons d'hiver, mes bottes d'hiver, des pantalons longs et un gilet. Une chance que j'avais mes sandales. Il faisait 32 degrés après tout.

La route a été très longue pour arriver à Playa Flamingo qui, sur les photos sur Airbnb était situé sur la plage, tout près des restos et tout près de petits endroits adorables. La maison pouvait accueillir 6 personnes. Nous serions bien.

Une fois arrivés là-bas, dans la savane costaricaine, l'autocar m'a abandonnée dans un endroit désertique, pas d'âme qui vive mais ou les chiens hurlaient leur vie. Je voulais m'accrocher à l'autocar et crier à tout le monde qu'ils ne pouvaient pas me laisser là. Mais non, c'était ma place et j'y étais pour 43 jours.

Une femme de ménage est sortie, ne parlait qu'espagnol, elle m'a reconduite à ma maison et m'a aussi abandonnée à moi-même.

Je suis entrée dans la maison et là, je vous dis, j'ai senti la solitude, l'abandon et la peur m'envahir. Je ne m'étais jamais sentie aussi seule de toute ma vie. Pis j'avais même pas de valise à défaire pour m'occuper.

J'ai fait le tour de la maison, qui était grande mais très rafistolée pour que ça paraisse bien sur les photos pour la location. Le poêle et le frigidaire étaient recouverts d'un genre de papier collant imitation de nickel, le frigidaire ne fermait pas correctement et la porte du fourneau tombait quand on l'ouvrait. L'air climatisé était dans la chambre principale. Je me suis assise dans le salon ou la télévision datait d'au moins 20 ans, ou les divans dataient d'au moins 40 ans et j'ai regardé dans le vide. On aurait dit que mon cerveau ne fonctionnait plus. Je crois que mon état de panique me figeait sur place.

Je suis ressortie de la maison pour chercher des gens, j'étais seule, oui, j'étais dans un genre de complexe de maisonnettes mais personne aux alentours. Je suis allée voir la piscine espérant y trouver des touristes, personne non plus. Tout ce que je rencontrais était la solitude, le face à moi-même.

Je suis entrée à nouveau et j'ai ouvert mon ordinateur, il y avait le wi-fi. J'ai appelé mon amie Catherine sur Skype et là, ma pauvre Catherine a eu droit à une scène de larmes tellement intense que petit Louis, son fils, pleurait à me voir pleurer autant.

J'ai essayé de me ressaisir et je suis partie, à pieds, à la recherche de la plage. En sortant du complexe, nous étions sur une route comme la 132, une route très passante avec des ravins de chaque côté. J'ai marché, j'ai marché en me disant que si quelqu'un me frappait ici, on ne me retrouverait jamais, que c'en était terminé pour moi.

Et la plage, et les restos et les petits endroits étaient inexistants. À côté de la route, à côté des ravins, des arbres, des palmiers, des édifices délabrés mais pas de petits restos. J'ai croisé des hommes, le coeur m'a serré, je me suis inquiétée. À moment donné, je suis arrivée en face d'une petite boutique qui semblait vendre des t-shirts, boutique faut le dire vite, presque rien à l'intérieur, 2, 3 racks de n'importe quoi mais rien pour moi. L'homme me demande si je vais bien et je me mets à pleurer encore. Il est tout mal de me voir, il me fait asseoir. J'ai pris des cours d'espagnol mais rien ne sort sauf des larmes. Il essaie de me parler en anglais, m'explique que la plage est à 3 kilomètres et les restos aussi. Je pleure encore plus. Je suis découragée.

Je reviens à la maison. La dame de la maison d'à côté est là, elle fait sortir ses 4 chiens jappeurs qui vont rejoindre les 2 autres chiens jappeurs de l'autre voisin. Je vais à sa rencontre, elle, elle ne parle qu'espagnol mais me fait savoir qu'il y a un homme qui parle français dans le complexe. Nous y allons. J'aimerais bien pouvoir m'acheter à manger, pouvoir aller m'acheter du linge. Il me dit qu'il est désolé mais qu'il ne peut pas m'aider. Je suis entrée dans la maison et là j'ai re-pleuré. Je m'étais placée dans un sale pétrin mais comment m'en sortir?

Une quinzaine de minutes plus tard, l'homme qui parlait français est venue pour m'offrir de m'amener m'acheter à manger, il a eu pitié de moi. Comme nous étions le 22 décembre, il me dit que c'est tout ce qu'il pouvait faire pour moi car le lendemain matin, il partait avec sa famille pour les fêtes de Noel. La voisine m'offre d'utiliser une bicyclette pour me déplacer. Ben oui, je me voyais bien à bicyclette sur la 132 avec les autos qui filaient à vive allure !!! (sarcasme)

Je vais avec l'homme à l'épicerie et il me recommande de m'acheter beaucoup de crème solaire car, par les temps qui courent, il y a des moustiques qui transmettent des maladies avec de la fièvre, qu'il me fallait faire très attention. Il me fait visiter le village, m'amène à la plage et ce sera tout ce que j'aurai vu de Playa Flamingo de tout mon voyage. Je ne resterais pas là !

Suite dans un prochain article. Je vous ménage.

 

Voir les commentaires